1.
Introduction
Plusieurs tendances actuelles telles que la globalisation, la perte de crédibilité de la politique ainsi que la sophistication des connaissances et du raisonnement amènent à se poser un certain nombre de questions en rapport avec la démocratie, notamment sur le modèle actuel de la démocratie représentative. En effet, celui-ci avait été conçu à l’origine à partir de l’idée que les fonctions politiques devaient être déléguées à des individus qui possédaient des compétences supérieures à celles du peuple. Pourtant, aujourd’hui, du fait de ces différentes tendances, tout le monde semble s’accorder sur le fait que les compétences des représentants sont égales voir inférieures à celles de ceux qu’ils représentent. Ce n’est donc pas un hasard si, dans les années 90, sont apparus des théoriciens qui défendent un autre modèle : celui de la démocratie délibérative. L’engouement pour ce modèle démocratique et les nombreux défis théoriques qu’il relève nous a poussés à nous intéresser de plus près à celui-ci. Il y a cependant beaucoup à dire sur la démocratie délibérative et nous nous intéresserons donc seulement à un aspect en particulier.
Certains auteurs, connus sous le nom de « démocrates de la différence », ont relevé la difficulté de réaliser en pratique l’égalité entre les participants à la délibération lorsque ces derniers sont trop différents tant sur le plan social que culturel et qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs[1]. Or, John S. Dryzek, dans son ouvrage Deliberative Democracy and Beyond : Liberals, Critics, Contestations, tente de répondre, entre autre, à cette critique, étape qu’il considère nécessaire pour déterminer comment la délibération pourrait s’accommoder de positions et d’identités radicalement différentes. Nous essaierons donc dans ce travail de déterminer si la critique des démocrates de la différence est rendue caduque par sa réponse et si l’étape supplémentaire qu’il propose pour permettre une telle accommodation est convaincante.
2. Qu’est-ce que la démocratie délibérative ?
Avant l’apparition des théories de la démocratie délibérative dans les années 90, l’idéal de la démocratie était donc vu principalement en termes d’agrégation des préférences et d’articulation des intérêts dans les décisions collectives. Aujourd’hui, le « tournant délibératif » affirme que l’essence de la légitimité démocratique doit être pensée non comme la capacité de tous les sujets individuels d’arriver à une décision collective mais de s’engager dans une délibération authentique à propos de celle-ci. Ces individus ne doivent accepter une telle décision que si elle peut leur être justifiée en termes convaincants[2].
Ainsi, comme le fait remarquer John Dryzek: « Deliberation as a social process is distinguished from other kinds of communication in that deliberators are amenable to changing their judgements, preferences and view during the course of their interactions, which involve persuasion rather than coercion, manipulation or deception.[3] » Ce tournant dans les théories de la démocratie renouvelle un souci de l’authenticité d’une démocratie, qui est définie par Dryzek comme le degré auquel le contrôle démocratique est substantiel plutôt que symbolique, et engagé par des citoyens compétents[4]. Cependant, les théoriciens de la démocratie délibérative ne s’accordent pas tous sur les moyens d’atteindre cette authenticité.
De nombreux auteurs définissent l’ouvrage de Gutmann et Thompson, Democracy and Disagreement, comme la théorie la plus complète de la démocratie délibérative. C’est pourquoi nous la présenterons rapidement pour mieux comprendre ce que Dryzek reproche à ce genre de théorie et quelle est sa position par rapport à la question des moyens qui doivent être utilisés pour atteindre cette authenticité démocratique.
La théorie de la démocratie délibérative développée par Amy Gutmann et Denis Thompson inclut à la fois des principes substantiels et procéduraux, c’est-à-dire, à la fois des principes régulant les conditions de la délibération et le contenu de la délibération. Parmi ces principes, celui de réciprocité occupe la place centrale au sein de leur théorie, et constitue celui duquel découlent tous les autres principes. En effet, ces deux auteurs affirment que « les principes délibératifs découlant de la réciprocité nous fournissent à la fois les conditions et le contenu permettant de justifier les lois et les politiques en démocratie[5]. » Les principaux critères régulant les conditions de la délibération sont donc la réciprocité, la publicité et l’imputabilité tandis que « la liberté de base, l’opportunité de base et l’opportunité équitable sont des éléments essentiels du contenu de la délibération[6] ».
La réciprocité est définie par ces auteurs comme la prémisse fondamentale qui veut que « les citoyens se doivent les uns aux autres une justification des institutions, lois et politiques publiques qui les engagent collectivement. La réciprocité propose comme but la recherche de l’accord, sur la base de principes pouvant être justifiés à ceux qui partagent l’objectif d’atteindre un accord raisonnable[7]. » Ainsi, « guidée par la réciprocité et les principes associés, la pratique de la délibération se veut une activité continue d’offre de raisons, ponctuée par des décisions qui engagent la collectivité[8]. C’est un processus de recherche, non pas de n’importe quelles raisons mais de raisons mutuellement justifiables.» Le principe de publicité requiert, quant à lui, que « l’offre de raisons s’effectue publiquement afin que celles-ci soient mutuellement justifiables [9]». Enfin, en ce qui concerne le principe d’imputabilité, il peut être défini comme l’exigence selon laquelle les agents de l’Etat, prenant des décisions au nom d’autres personnes, doivent en rendre compte à toutes les personnes « qui subissent effectivement la contrainte des décisions prises par les agents publics, même s’il est possible qu’ils n’aient pu participer à leur formulation [10]».
En plus de ces trois principes procéduraux, Gutmann et Thompson ajoutent à leur théorie de la démocratie trois principes substantiels qui procurent cette fois le contenu de la démocratie délibérative : la liberté de base, l’opportunité de base et l’opportunité équitable. Le premier principe requiert « la protection de l’intégrité personnelle de chaque personne, à travers des protections comme la liberté d’expression, de religion et de conscience, les garanties d’une procédure légale régulière et la protection égale devant la loi[11] ». En outre, selon ces auteurs, les opportunités de base qui incluent typiquement des soins de santé, une éducation, une sécurité, un travail et un revenu adéquat, sont nécessaires à l’exercice de choix entre bonne vie, autrement dit à la réalisation de ce que chaque individu considère comme une vie réussie (et qui s’avère donc impossible, selon Gutmann et Thompson, sans la garantie d’un bien être économique et social minimale). Donc des institutions, des lois et politiques contraignantes qui privent les individus d’un tel choix ne peuvent être justifiées. Pareillement, la discrimination individuelle dans la distribution de biens sociaux rares comme les charges publiques ne peut se justifier envers les individus qui en sont les victimes si elle repose sur des bases morales non pertinentes. Ainsi, « la réciprocité prescrit également un principe d’opportunité équitable […] [12]». Selon ces auteurs, tous ces principes doivent être moralement et politiquement provisoires pour permettre la réadaptation permanente du système si de nouveaux arguments moraux justifiables réciproquement l’exigent.
3. Où se situe J.S. Dryzek par rapport à cette théorie?
Une telle théorie, malgré tout le respect qu’elle a suscité, a provoqué aussi beaucoup de critiques. Par exemple, celle qui concerne la question de l’ingénierie institutionnelle d’un tel modèle ou celle de sa stabilité (si tous les principes peuvent être délibérés, il peut être décidé par délibération de choisir une autre forme de démocratie). Cependant, la critique de Dryzek vis-à-vis de cette théorie est tout autre et concerne toutes les théories de la démocratie délibérative qui se sont réclamé du libéralisme constitutionnel. Une telle référence, selon lui, mène à une diminution de l’esprit critique de la théorie de la démocratie délibérative car elle conduit à une accommodation trop facile de l’économie politique libérale dominante, ce qui nuirait à la quête de l’authenticité démocratique[13].
Ainsi, la théorie de Gutmann et Thompson s’assimilerait au libéralisme constitutionnel dans la mesure où elle théorise la délibération comme pouvant se produire à la fois à l’intérieur des structures constitutionnelle et se faire à propos des structures institutionnelles. Ces deux auteurs appelleraient donc à une délibération qui procèderait à l’intérieur d’arrangements institutionnels, lesquels seraient eux-mêmes construits par des moyens délibératifs. En outre, ils affirment que des principes libéraux particuliers peuvent être dérivés de préceptes délibératifs[14]. Or, Dryzek pense que la contestation du discours est un élément vital de la démocratie délibérative et que celle-ci ne peut être confinée à la structure institutionnelle libérale[15].
En effet, selon Dryzek, les théoriciens critiques[16] et les tenants du libéralisme constitutionnel (ou ceux que Dryzek y assimile) peuvent tout deux croire que le dialogue politique sans distorsion est l’essence de la démocratie délibérative. Cependant, les tenants du libéralisme considèreraient que des arrangements constitutionnels suffisent pour empêcher ces distorsions. En revanche, les théoriciens critiques estimeraient que ces arrangements ne constituent qu’une partie de la bataille et que certains agents de distorsion extra-constitutionnels ne peuvent être empêchés par ces moyens. Ces agents déformants incluraient les discours dominants et les idéologies qui, selon Dryzek, émanent surtout de la politique économique internationale[17] et diminuent l’étendue de l’égalité des compétences délibératives parmi les acteurs politiques[18]. Ils mèneraient en particulier à des inégalités entre la voix du commerce et les autres voix, qui seraient moins prises en compte par l’Etat[19]. Ainsi, les théories critiques de la démocratie concerneraient donc la compétence des citoyens de reconnaître et de s’opposer eux-mêmes à de telles forces. Elles pourraient donc être promues par la participation à des politiques démocratiques authentiques. Cependant, ces politiques ne pourraient être menées au sein de l’Etat libéral. L’auteur résume d’ailleurs très bien sa position à ce sujet lorsqu’il affirme : “ liberal democrats might argue that there is plenty of scope for increased democratic authenticity within the confines of the liberal state; I would argue that there is not. For this state is increasingly subject to the constraints imposed by the transnational capitalist political economy.[20]”Ainsi, il estime qu’il n’est pas possible d’augmenter l’authenticité démocratique au sein de l’Etat libéral dans la mesure où l’économie transnationale lui impose de plus en plus de contraintes. Selon Dryzek, la théorie de la démocratie délibérative doit donc rester critique (en évitant de s’adapter à l’économie politique libérale dominante) afin de pouvoir répondre aux défis que représentent la pluralité et la différence profonde qui caractérise la composition de la société, la crise écologique, la globalisation et la transnationalisation de l’économie[21]. Or, à cette fin, cette théorie ne doit concevoir la délibération qu’à l’extérieur du système libéral constitutionnel[22].
4. La critique des « démocrates de la différence »
Le fait que Dryzek considère la pluralité et la différence inhérente à la composition de la société comme des défis qui doivent être relevés par la théorie de la démocratie délibérative montre que, comme beaucoup de tenants de cette théorie, il pense que celle-ci peut et doit trouver un moyen de rendre la démocratie plus inclusive. Pourtant, la démocratie délibérative est accusée, par ceux que Dryzek appelle les « démocrates de la différence », de complicité dans l’oppression de la différence[23]. Ces démocrates de la différence ne constitueraient pas une école de pensée consciemment unifiée mais : « what they all share is a stress on the variety of oppressions and so subject-positions leading them to oppose ostensibly neutral rationalistic practices that in fact exclude or silence particular kinds of oppressed subjects [24]. » Les “démocrates de la différence” sont donc tous d’accord pour condamner des pratiques qui, bien qu’apparemment neutres, reflètent les normes du groupe dominant et excluent de ce fait les sujets opprimés. La variété des oppressions (ainsi que leur caractère généralement historique) nécessitent plutôt, selon eux, la reconnaissance de la validité et de la légitimité des perspectives particulières qui en découlent ; perspectives trop souvent ignorées en vertu d’une neutralité qui se traduirait, dans les faits, par une ignorance des différences. En résumé : “difference democrats are those who stress the need for democratic politics to concern itself first and foremost with the recognition of the legitimacy and validity of the particular perspectives of historically oppressed segments of the population.[25]” Selon Dryzek, le soutien à la différence n’implique pas forcément une hostilité envers la délibération[26]. Cependant, la suspicion que possèdent les démocrates de la différence envers la rationalité universelle aurait mené certains d’entre eux à attaquer la démocratie délibérative[27]. Leur critique principale consisterait donc à dire que la délibération n’est pas neutre et qu’elle exclut systématiquement une variété de voix de la participation effective des politiques démocratiques. En d’autres termes, ils relèvent la difficulté de réaliser en pratique l’égalité entre les participants à la délibération lorsque ces derniers sont différents tant sur le plan social que culturel et qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs.
En effet, comme le met en évidence Dryzek, Sanders affirmerait que : “public reason’s emphasis on interest that can be shared or at least understood by all in practice universalizes the interests of the wealthy and powerful, while simultaneously erasing the particular experiences and interests of poor and powerless minorities.[28]” De plus, la délibération représenterait un moyen de communication particulier, à savoir, non passionné, raisonné et logique. Or : « some citizens are better than others at articulating their arguments in rational, reasonable terms.[29] » Young va plus loin dans cette direction en affirmant que l’exclusion effective de certains citoyens dans le processus de délibération vient également du fait de l’existence d’un certain sens intériorisé de qui à le droit de parler et de qui ne l’a pas et de la dévaluation du style du discours de certains et de la surévaluation du style de discours d’autres[30]. Or, le fait de privilégier certains types de discours privilégie aussi, selon elle, certains types de pouvoir[31]. Les différents types de discours privilégiés que Young définit comme « assertive and confrontational », « formal and general » and « dispassionate and disembodied » sont corrélés à des privilèges sociaux et désavantagent la culture du discours des femmes et des minorités[32].
En outre, si I.M. Young considère que « la délibération est compétition », comme ne manque pas de le relever Dryzek, c’est parce que le fait d’atteindre un consentement grâce à « la force du meilleur argument » signifie être incapable de penser à un contre-argument et donc concéder la défaite[33]. Ainsi, “restricting practices of democratic discussion to move in a contest where some win and other lose privileges those who like contests and know the rules of the game[34]”. Et: “norms of assertiveness, combativeness, and speaking by the contest rules are powerful silencers or evaluators of speech in many actual speaking situations where culturally differentiated and socially unequal groups live together.[35]” De plus, elle pense que la nécessité de la transformation des désirs subjectifs des participants en des revendications objectives, nécessaire selon les théoriciens délibératifs pour construire parmi eux une sorte d’unité, ne ferait que renforcer la position des dominants car leur définition du bien commun aurait de grande chance de s’imposer. C’est la raison pour laquelle elle affirme : « when discussion participants aim at unity, the appeal to a common good in which they are all supposed to leave behind their particular experience and interests, the perspectives of the privileged are likely to dominate the definition of that common good.[36]» Selon cet auteur, il faudrait donc considérer la différence des positions sociales et des perspectives identitaires comme une ressource pour l’élaboration de la raison publique plutôt que comme des divisions que la raison publique transcende.
Young conclut de tout ce qui précède que la délibération n’est donc pas ouverte de manière égale aux différents moyens de présenter des revendications et de donner des raisons et qu’elle devrait permettre un plus large éventail de formes et de styles de discours. C’est pourquoi elle propose un modèle de communication plus inclusif dans lequel trois éléments, en plus de l’argument critique, sont requis : la salutation (greeting), la rhétorique et la narration (storytelling). Ces trois modes de communication auraient l’avantage de reconnaître la particularité des interlocuteurs, ce qui aiderait à établir et à maintenir la pluralité nécessaire à l’existence et à la signification de la publicité. Ainsi, selon Young : “where such a public contains group-based cultural, social perspectival, and valuative differences, moreover, these communicative forms supplement argument by providing ways of speaking across difference in the absence of significant shared understandings.[37]”
Ainsi, la salutation constituerait un moyen de reconnaître l’autre dans ces particularités qui inclurait - en plus des expressions phatiques de tous les jours qui sont nécessaires à la communication mais qui ne disent rien, n’ont pas de contenu, tels que « Bonjour », « Comment allez-vous ? », « Bienvenue » - des formes de discours qui ont pour but la flatterie, la caresse de l’ego et la complaisance. Ces préliminaires seraient nécessaires selon Young pour établir entre les parties la confiance et le respect, en particulier lorsque ces parties sont différentes dans leurs cultures, leurs valeurs ou dans leurs intérêts. “These preliminaries often consist in various forms of flattery; introductory speeches that name the others with honorific titles, acknowledge the greatness of their achievements and ideals and so on.[38]”
En ce qui concerne la rhétorique, Young critique la distinction platonicienne souvent utilisée par les théoriciens délibératifs entre discours rationnel et rhétorique. En effet, selon elle, cette opposition “denigrates both the situatedness of communication and its necessary link to desire.[39]” En effet, la rhétorique permettrait de créer un lien entre celui qui parle et ceux qui écoutent dans la mesure où il peut, par ce biais, faire appelle à des caractéristiques ou des expériences particulières de l’audience tout en se situant par rapport à celle-ci. Ainsi : “Rhetoric constructs speaker, audience and occasion by invoking or creating specific meanings, connotations, and symbols, and it serves this connecting function whether the speaker and audience share meanings or not.[40]” En outre, la rhétorique aurait également pour fonction d’éveiller l’attention et de la conserver. Comme le fait très bien remarquer Young, la persuasion est en partie de la séduction (d’où son lien avec le désir). Donc : « the most elegant and truthful arguments may fail to evoke assent if they are boring. Humour, wordplay, images, and figures of speech embody and color the arguments, making the discussion pull on thought through desire [41]».
Enfin, la narration serait une forme de communication indispensable pour comprendre qui sont ses interlocuteurs et quels sont leurs besoins, désirs et motivations et ce pour trois raisons. Premièrement : “narrative reveals the particular experiences of those in social location, experiences that cannot be shared by those situated differently but that they must understand in order to do justice to the others.[42]” Deuxièmement, la narration constituerait, pour les auditeurs, un moyen de comprendre les significations, les valeurs et la culture qui sont propres au locuteur. En effet, lorsqu’un argument est développé de manière complète, c’est-à-dire, des prémisses à la conclusion, celui-ci ne peut être convaincant que si ces prémisses sont acceptées par les délibérateurs. Ainsi, la narration servirait à expliquer à ceux qui ne les partagent pas ce que les endroits, les pratiques et les symboles signifient pour la personne qui tient le discours et délibère avec eux. Enfin, la narration “ […] also contributes to political argument by the social knowledge it offers of how social segments view one another’s action and what are the likely effects of policies and actions on people in different social locations[43].”
5. La réponse de Dryzek
John S. Dryzek partage l’idée de Young selon laquelle la démocratie délibérative devrait autoriser l’utilisation d’autres modes de communication que celui de l’argumentation. Il affirme d’ailleurs posséder une position tolérante à cet égard et admettre la rhétorique, l’humour, l’émotion, le témoignage[44] ou la narration. Cependant, il faut, selon lui, déterminer le degré auquel la démocratie délibérative devrait mettre l’accent sur l’argument rationnel et le point jusqu’où il est possible (et souhaitable) d’admettre des formes alternatives de communications. Ceci permettrait de savoir comment la démocratie délibérative peut s’accommoder au mieux d’identités et de positions radicalement différentes[45].
Pour pouvoir déterminer si ces questions sont opportunes, il faudrait, selon Dryzek, admettre toutes les formes de communication mais seulement si elles remplissent deux conditions. Il considère en effet que toute communication qui implique la coercition ou la menace de la coercition doit être exclue, ainsi que toute communication qui ne peut connecter le particulier au général[46]. Ainsi, Dryzek examine toutes les formes de communication (dont celle proposées par Young) et montre qu’elles sont toutes susceptibles de ne pas remplir les conditions qu’il a définies. Cependant, il précise que son but n’est pas pour autant d’exclure un de ces modes de communication mais de prévoir comment il est possible de les rendre conforme aux deux règles qu’il a précédemment définies.
Après avoir essayé de déterminer la manière dont ces différentes formes de communication peuvent réussir les tests de « non-coercition » et de « généralisation », l’auteur en vient à conclure que l’argument est le seul mode de communication qui peut parer non seulement à ses propres échecs mais aussi à ceux des autres modes. Par exemple : “if rhetoric whips up passion directed against an out-group, that can be challenged by more inclusive rhetoric-but also by argument pointing to the consequences of exclusion.[47]” L’argument est donc supérieur aux autres modes de communication et doit, par conséquent, rester privilégié au sein de la démocratie délibérative. Ainsi: “[…] argument always has to be present to deliberative democracy. The other forms can be present and there are good reasons to welcome them, but their status is a little bit different because they do not have to be present.[48]” L’auteur établit donc une sorte de hiérarchie dichotomique entre l’argument et les autres formes de communication pouvant être considérées comme admissible au sein de la délibération.
Cependant, John Dryzek affirme que ces considérations ne suffisent pas à la démocratie délibérative pour répondre au défi de la différence. Selon lui, une étape est encore nécessaire et elle consiste à inclure un dernier type de communication au sein de la délibération : il s’agit de la contestation. En effet, selon ses propos, “a serious response to the challenge of difference requires an account of democracy that can address difference across repressive and emancipatory identities and discourses […].[49]” Dans la mesure où l’authenticité délibérative existe à partir du moment où la communication amène la réflexion sur les préférences de manière non coercitive, si la contestation remplit cette condition, elle devrait être bienvenue car elle a justement une grande capacité à induire la réflexion[50]. Il admet cependant que la contestation n’est pas toujours démocratique, comme ce serait le cas si elle était contrôlée par des experts en relations publics ou des démagogues. En revanche, elle pourrait l’être, selon lui, si elle était entreprise par une large variété d’acteurs compétents et si elle se déroulait sous des conditions non contraignantes[51].
C’est pourquoi, selon Dryzek, Schlosberg a amené une grande contribution à la démocratie en valorisant les organisations qui fonctionnent en réseau et qui auraient la capacité de promouvoir un contrôle dispersé sur les termes du discours. Ces organisations seraient ainsi capable de promouvoir un discours qui ne soit pas organisé, ni promu de manière centrale. A la place, celui-ci émergerait d’une variété de luttes locales qui aideraient à définir ensemble la signification de la justice. Pour illustrer ceci, il reprend l’exemple donné par Schlosberg du mouvement de justice environnemental qui est apparu dans les années 80 et s’est étendu dans les années 90 aux Etats-Unis en réaction aux principales organisations environnementales qui étaient perçues comme indifférentes à la distribution des risques environnementaux en fonction de la race et de la classe sociale. Le mouvement aurait entrepris une série d’actions locales contre les grandes décharges, les incinérateurs, les pesticides, les mines d’uranium, etc. Ces actions auraient été possibles grâce à l’échange d’information entre plusieurs organismes environnementaux, mais ce qui est important pour Dryzek, c’est que l’organisation se soit toujours faite de bas en haut et non de haut en bas ; il n’y avait donc pas de hiérarchie ni de direction centrale. Ce mouvement serait arrivé à ses fins en affectant le contenu des politiques publiques environnementales. Ainsi: “this movement and its networks have been successful in reframing environmental issues related to risk and social justice, and so extending deliberative democratic control on these issues.[52]”
Par cet exemple Dryzek entend montrer que les discours contestataires présents dans la sphère publique sont capables de modifier le contenu des politiques publiques et que dans nos sociétés contemporaines, l’Etat n’est pas le seul à avoir la capacité de prendre des décisions collectives bien que ce soit lui qui la possède en premier lieu. En effet : “discourses and their contests do not stop at the edge of the public sphere; they can also permeate the understandings and assumptions of state actors.” Les discours et les contestations émanant de la sphère publique sont donc susceptibles d’avoir une influence sur les acteurs de l’Etat et de modifier certaines de leurs idées. D’où l’accent mis par l’auteur sur la nécessité d’une sphère publique la plus indépendante possible de l’Etat: “[…] it is important to maintain a public sphere autonomous from the state, for discursive interplay within the public sphere is always likely to be less constrained that within the state. It is within the public sphere that insurgent discourses and identities can first establish themselves.[53]”Une telle séparation entre la société civile et l’Etat est donc indispensable pour que des discours contestataires puissent émerger et constituer une alternative aux discours et idées émis par les agents de l’Etats, alternative qui serait essentielle au bien-être de la démocratie.
Dryzek anticipe la critique qui pourrait être faite à son modèle selon laquelle une telle influence du discours sur le contenu des politiques publiques est sporadique et indirecte en mettant en évidence deux arguments. Premièrement, la même critique pourrait être faite, selon lui, aux élections, en tant que canal classique permettant d’influencer les politiques publiques. Deuxièmement, il met en avant le fait que la démocratie en tant que contestation discursive ne doit pas être considérée comme l’idéal inaccessible d’un moyen de faire peser directement la volonté du peuple sur les politiques publiques. Elle doit plutôt être vue comme une méthode pour influencer ces politiques, qui soit alternative aux élections. Cependant, pour être réellement à même de déterminer comment la démocratie délibérative peut s’accommoder d’identités radicalement différentes, Dryzek reconnaît devoir encore établir la relation que devrait entretenir le type de contestation dans la sphère publique qu’il décrit et un type plus conventionnel de politiques démocratiques, qui soient plus proches de l’Etat. En d’autres termes la question centrale devient celle-ci : “[…]when should democratic advances be thought in the state, and when should they be thought in the public sphere and civil society?[54]”.
En effet, selon Dryzek, la théorie de la démocratie délibérative était, en tout cas à l’origine, une théorie selon laquelle la légitimité dépendait de l’aptitude de tous les sujets concernés par la décision de participer à une délibération authentique. Dans cette optique, de nombreux auteurs (dont les démocrates de la différence) pensaient que la démocratie pourrait donc être rendue plus substantielle et plus effective par l’inclusion au sein de l’Etat d’une variété de catégories et de groupes désavantagées pour qui la promesse formelle de l’égalité démocratique a masqué une oppression et une exclusion continue[55]. Cependant, pour Dryzek, l’inclusion des groupes au sein de l’Etat n’est pas toujours favorable à la démocratie. En effet, selon lui, l’inclusion en tant que reconnaissance et accueil d’un large éventail d’intérêts et de groupes divers au sein de l’Etat ne doit être recherchée que si les intérêts définis d’un groupe peuvent être associés avec un impératif[56] (établi ou émergent) de l’Etat et lorsqu’une telle inclusion n’épuise pas excessivement les ressources de la société civile, « abandonnée » par le groupe en question[57]. Ainsi, il considère que le choix entre une défense des intérêts du groupe par le biais de l’Etat (par exemple en s’affiliant à un parti officiel) ou par celui de la société civile, dépendraient du fait que ces deux conditions soient simultanément remplies. Si ce n’était pas le cas, cela aboutirait à une perte de démocratisation. L’inclusion d’un plus grand nombre de groupes et de catégories au sein de l’Etat ne serait donc pas toujours une bonne solution pour l’amélioration de la démocratie. Dryzek résume d’ailleurs bien sa position lorsqu’il dit : “while recognizing that the effective inclusion of more groups and categories in the polity is central to democratization […] I want to question any predisposition toward inclusion sponsored by or sought in the state[58].”
Cette position est motivée par la vision que Dryzek a de la société civile qu’il perçoit comme le lieu d’où les pressions et les mouvements pour la démocratisation ont presque toujours émergé. Une société civile oppositionnelle active et florissante serait donc la clé du processus de démocratisation. Ainsi, contrairement à Young, il est contre l’intervention de l’Etat en faveur de l’inclusion des intérêts et des groupes car : « a truly inclusive state would corrode the discursive vitality of civil society[…], and so undermine the conditions for further democratization.[59] » Un Etat trop inclusive impliquerait donc aussi une société civile moins riche et un déficit en matière de démocratisation. Paradoxalement, l’exclusion de certains groupes de l’appareil étatique représenterait la garantie de progrès démocratiques futures. Plus précisément : « […] every historical inclusive step taken by the state should produce a pattern of exclusions as well as inclusions. These exclusions are the seeds for, if nothing else, future and further democratization of the state; and they offer protection against the state reversing its democratic commitments.[60]” Dryzek est donc confiant en la capacité de la société civile de produire une inclusion progressive des divers groupes et intérêts qui permettraient une démocratie plus inclusive par l’augmentation de la proportion de la population pouvant participer de manière effective à l’élaboration des politiques[61]. Ainsi, pour que cette capacité puisse être pleinement exploitée, l’Etat ne devrait pas intervenir, selon cet auteur, au risque de déposséder la société civile de ses forces vives.
6. Conclusion : cette réponse est-elle convaincante ?
En ce qui concerne la critique des démocrates de la différence à propos de la difficulté de réaliser, en pratique, l’égalité entre les participants de la délibération, l’auteur a finalement repris en grande partie la solution proposée par les démocrates de la différence eux-mêmes (I.M. Young en particulier), c’est-à-dire, l’élargissement des modes de communication acceptables au sein de la délibération. De plus, bien qu’il ait tout de même ajouté à cette proposition la prépondérance de l’argumentation sur les autres formes de communication, il n’a pas proposé une manière de la réaliser. Or, la mise en œuvre de ses idées n’est pas évidente : devrait-on prévoir un certain temps de parole pour la narration ou la rhétorique et un autre, plus long, pour l’argumentation ? En outre, valoriser l’argumentation par rapport aux autres formes de communication revient de nouveau à valoriser les personnes qui y recourent plus facilement et à dévaloriser ceux qui sont plus à l’aise dans les autres formes de communication. La hiérarchie qu’établit Dryzek entre l’argumentation et les autres modes de communication rend donc sa réponse caduque face à la critique des démocrates de la différence.
Pour ce qui est de l’accommodation de la démocratie délibérative à des positions et des identités radicalement différentes, elle se ferait donc, selon Dryzek, par l’existence d’une société civile active et florissante, facilitée par un Etat passif, qui n’interviendrait pas pour soutenir l’inclusion de ces groupes « différents » en son sein. Ce raisonnement découle de la deuxième partie de la réponse de Dryzek à la critique des démocrates de la différence, c’est-à-dire, l’introduction de la contestation comme forme de communication admissible au sein de la délibération (la première étant la reconnaissance de tout les modes de communication proposés par Young ainsi que la création d’une hiérarchie dichotomique entre ces derniers et l’argumentation). En effet, c’est pour favoriser l’émergence d’une telle contestation (qui peut parfois mener à l’inclusion) que Dryzek insiste tant sur la nécessité d’une sphère publique active et florissante.
Cependant, il est difficile de voir en quoi le modèle qu’il propose est différent d’une simple description de la réalité. En effet, n’existe-t-il pas déjà une société civile active qui pousse vers plus de démocratisation, comme Dryzek en fait lui-même le constat ? Cette société civile n’est-elle pas déjà un canal pour influencer les politiques publiques ? Et l’Etat libéral n’a-t-il pas déjà tendance à rester passif en ce qui concerne l’inclusion de nouveaux groupes en son sein ? Le modèle de Dryzek semble donc aboutir à une sorte de statu quo, d’autant plus qu’il ne prévoit aucune mesure pour inciter la création d’organisations qui fonctionnent en réseau et dont il vante les mérites. En outre, selon le modèle de Dryzek, ce serait aux groupes eux-mêmes, selon leurs propres ressources, de s’organiser pour défendre leurs intérêts dans la société civile ou par le biais de l’Etat. Or, dans une société où tout le monde ne dispose pas des mêmes ressources, il est évident que cela implique le risque que les intérêts des plus puissants soient les plus souvent représentés et défendus. De la part d’un auteur qui défend la diversité des discours, la prise d’un tel risque est assez surprenante et révèle une certaine incohérence entre les idées qu’il défend et le modèle qu’il propose. Selon nous, Dryzek n’a donc pas répondu à la critique des démocrates de la différence de manière convaincante et n’a pas non plus réussi à montrer comment la démocratie délibérative pouvait réellement s’accommoder de positions et d’identités radicalement différentes.
Bibliographie :
Benhabib, S. 2002. “Deliberative democracy and multicultural dilemmas”. In The Claims of culture. Princeton: Princeton University Press, pp.115-146.
Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. Chapitre 1 à 4, pp.1-115.
Gutmann, A., Thompson, D. 2002. „Pourquoi la démocratie délibérative est-elle différente ? » Philosophiques. 29(2) : 1-15.
Young, I.M. Young, I. M. 1998. “Justice, Inclusion, and Deliberative Democracy” In Elster, J. (éd.) Deliberative Democracy. Cambridge: Cambridge University Press, 151-158.
Young, I.M. 1996. “Communication and the Other: Beyond Deliberative Democracy”. In Benhabib, S. (éd.) Democracy and Difference: Contesting the Boundaries of the Political. Princeton: Princeton University, 120-135.
Young, I.M. 2001. “Activist challenges to deliberative democracy”, Political theory. 29 (5): 670-690.
1
[1] Cette critique ne doit pas être confondue avec celle que Seyla Benhabib appelle la « critique de l’incommensurabilité » (repris de John Rawls). Celle–ci consiste à dire que la démocratie délibérative ne peut pas s’accommoder de profondes divergences, ou même de systèmes de croyance et de visions du monde incommensurables. (Benhabib, S. 2002. « Deliberative democracy and mulitcultural dilemmas », In The Claims of culture. Princeton: Princeton University Press. P. 135.) Dryzek, lui, ne se demande pas si la démocratie délibérative peut s’accommoder de profondes divergences mais plutôt comment elle peut le faire, ce qui implique qu’il ne met pas en doute le fait qu’elle soit capable de le faire.
[2] Cf. Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.vi.
[3] Ibid. P.1.
[4] Idem.
[5] Gutmann, A., Thompson, D. 2002. Pourquoi la démocratie délibérative est-elle différente ? Philosophiques. 29(2) : 1-15. P.6.
[6] Idem.
[7] Idem.
[8] Idem.
[9] Ibid. P.7.
[10] Idem.
[11] Ibid.P.8.
[12] Idem.
[13] Qui est définie par Dryzek comme « le degré auquel le contrôle démocratique est engagé à travers la communication à encourager la réflexion à propos des préférences, et ceci sans coercition. Cela ne peut être atteint que si la domination à travers l’exercice du pouvoir, la manipulation, l’endoctrinement, la propagande, la tromperie, l’expression de son seul intérêt, les menaces et l’imposition de la conformité idéologique sont toutes absentes. » Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.8. (Notre traduction).
[14] Gutmann et Thompson (ibid. P.16.) combineraient ainsi les trois moyens d’assimilation d’une théorie de la démocratie délibérative au libéralisme constitutionnel.
[15] Ibid. P.18.
[16] Par théorie critique Dryzek entend ceci : « In its broadest sense, critical theory is concerned with charting the progressive emancipation of individuals and society from oppressive forces. » Ibid. P.20.
[17] Ibid.P.21.
[18] Idid. P.8.
[19] En effet, selon Dryzek, l’Etat peut difficilement ignorer “la voix du commerce”, autrement dit les interêts des milieux économiques, dans la mesure ou il est d’une certaine façon dépendant de ces milieux : « Business inevitably holds what Lindblom (1977) calls a “privileged” position in policy deliberation because government relies on corporations to carry out essential tasks in organizing the economy, without which government itself could not function.” Ibid. P.18.
[20] Ibid. P.29.
[21] Ibid. P.30.
[22] Il est intéressant de voir que la position de cet auteur à cet égard est largement similaire à celle de ceux que Young appellent «les activistes ». En effet, selon elle, pour l’activiste : “[..] the responsible citizen ought to withdraw from implicit acceptance of structural and institutional constraints by refusing to deliberate about policies within them.” Car, pour Dryzek comme pour l’activiste : “[…] existing social and economic structures have set unacceptable constraints on the terms of deliberation and its agenda.” Young, I.M. 2001. “Activist challenges to deliberative democracy”, Political theory. 29(5):670-690. P. 682.
[23] Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.57.
[24] Idem.
[25] Idem.
[26] Selon moi, le cas de I.M.Young lui donne d’ailleurs raison. En effet, malgré les critiques qu’elle fait de la délibération, il semble clair qu’elle la préconise malgré tout.
[27] Pour une critique de la rationalité universelle voir par exemple, Young, I.M. 1990. Justice and the politics of difference. Princeton: Princeton University Press. Chapitre 4 et 6.
[28] Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.65.
[29] Sanders, L. 1997. « Against delibération ». Political Theory 25:347-76 cité dans Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.64.
[30] Young, I.M. 1996. “Communication and the Other: Beyond Deliberative Democracy”. In Benhabib, S. (éd.) Democracy and Difference: Contesting the Boundaries of the Political. Princeton: Princeton University. Pp.120-135. P.122.
[31] Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.65.
[32] Young, I.M. 1996. “Communication and the Other: Beyond Deliberative Democracy”. In Benhabib, S. (éd.) Democracy and Difference: Contesting the Boundaries of the Political. Princeton: Princeton University. Pp.120-135. Young oppose en effet la culture du discours des hommes blancs de classe moyenne quelle défini comme «[…] more controlled, without significant gesture and expression of emotion » et la culture du discours des femmes et des minorités raciales qui tendraient à être « […] more excited and embodied, more valuing the expression of emotion, the use of figurative language, modulation in tone of voice, and wide gesture. » P.123-4.
[33] Ibid. P.123.
[34] Idem.
[35] Idid. P.124.
[36] Ibid. P.126.
[37] Ibid. P.129.
[38] Idem.
[39] Ibid. P.130.
[40] Idem.
[41] Idem.
[42] Ibid. P.131.
[43] Ibid. P.132.
[44]Sanders prescrirait le témoignage comme mode de communication alternatif à celui de la délibération. Celui-ci serait assez semblable au concept de narration (storytelling) de Young et consisterait à raconter sa propre histoire avec ses propres mots plutôt que dans le langage contraignant de la délibération. Dryzek, J., S. 2000. Deliberative Democracy and Beyond. Liberals, Critics, Contestations. Oxford: Oxford University Press. P.66.
[45] Ibid. P.67.
[46] Ibid. P.68.
[47] Ibid. P.71.
[48] Idem.
[49] Ibid. P.75.
[50] Cette idée de contestation doit néanmoins être remise dans son contexte. Elle vient de ce que Dryzek, contrairement aux démocrates de la différence, interprète l’idée de différence non en termes d’identités mais en terme de discours. En effet, selon lui, les identités sont constituées au moins en partie de discours. Ainsi, la sphère publique doit être interprétée plutôt comme un lieu de contestation à travers le discours plutôt que comme celui d’un engagement à travers des identités. Pour Dryzek, conceptualiser la sphère publique ou la société civile uniquement en termes de discours progressiste ou de groupements tels que les nouveaux mouvements sociaux constitue donc une erreur. Il faudrait donc, selon lui, interpréter la sphère publique en terme de contestation de discours. Ibid. P.75. [ Je me demande si cette très importante note ne devrait pas figurer dans le texte, et à son début !]
[51] Ibid. P.77.
[52] Idem.
[53] Ibid, P.79.
[54] Ibid. P.81.
[55] Ibid. P.86.
[56] « Examples of state imperatives include the need to keep domestic peace, respond to external threats, prevent capital flight, and raise revenues. » Ibid. P.83.
[57] Dryzek considère en effet que l’inclusion d’un groupe au sein de l’Etat peut priver la société d’un discours alternatif à celui de l’Etat, le groupe étant dès lors soumis aux mêmes impératifs que l’Etat, et serait donc susceptible de diminuer le bien-être de la démocratie.
[58] Ibid. P.86.
[59] Ibid. P.114.
[60] Idem.
[61] Qui est une des trois dimensions par laquelle se fait le processus de démocratisation, selon cet auteur, les deux autres étant l’authenticité dont nous avons déjà parlé et la troisième étant l’étendue des sujets soumis au contrôle démocratique. (Ibid. P.86.)
